Je suis encore vivante !
Je sais bien que dans ce monde de vivants, cela peut paraître bien banal. Mais moi je ne croyais pas pouvoir dire cela un jour, avant ce 28 décembre dernier. Voilà, je tenais à vous le dire, je ne sais pas, que vous soyez au courant, que vous vous rendiez compte de tout ce que cela peut représenter pour moi. Je suis heureuse, pour la première fois de ma vie. Je suis vivante, et je n'ai enfin plus envie de mourir. Rendez-vous compte, ça me toucherait vraiment, soyez heureux pour moi, non ? Je le méritais ce bonheur, après tout...
Je croyais mourir, à petit feu, et malgré moi. Mourir de solitude, de manque d'amour. Et je me suis dit que je voulais essayer de chercher un peu de bonheur, en toute humilité, au risque de me prendre une claque plus grande encore. Et j'ai trouvé ce bonheur, vraiment. Je ne suis pas morte, bien au contraire, je vis, je vis réellement.
Me jeter du haut d'un pont, et me réveiller dans l'eau, toujours vivante. Et regarder le fond, en souriant, me regarder flotter, et danser. Et rire un bon coup, et au bon moment, donner un grand coup de pied, et refaire surface. Respirer. Me jeter du haut d'un pont, et me réveiller dans l'eau, toujours vivante.
J'essaye d'oublier les douleurs du passé, maintenant. Toutes ces choses, ces vieilles peines qui sont toujours aussi vives... Je n'y arrive pas, et parfois cela me fait encore pleurer sans larmes, cela fait pleurer mon coeur. Un jour, peut-être, après des années, un jour peut-être je pourrai dire que je serai libérée. En attendant de beaux souvenirs me ravissent le c½ur, et toute ma colère a disparu. Je suis encore une convalescente, mais j'avance vite, bientôt je courrai. Parce que j'y crois.
[Et pourtant, je reste les poings serrés, je ne peux pas me résigner à lâcher cela. Je le perdrai pour toujours si je le lâche. Je m'y accrocherai, quitte à m'érafler les coudes et les genoux, même le ventre, le visage, pendant une vie entière. Je veux garder cela en moi, garder cette terrible douleur. C'est de ma faute, maintenant je crois. J'ai été oubliée, de toute façon.]
Je stagne, ici. J'apprends des choses qui ne me servent à rien. C'est une soif qui ne demande qu'à être étanchée, cette soif d'apprendre, passer des heures à étudier, savoir, tout savoir. Vivre dans ce monde de théâtre, ce monde d'artistes... Je rêve de grands rideaux de velours. Me cacher, me montrer, jouer avec, jouer avec moi. Tourner sur moi-même, oublier le monde, vivre de cette tricherie qu'est le théâtre, où les relations sont tellement bien écrites, et magnifiquement parfaites, parfaites dans leurs maladresses, et dans leur amour... C'est ça, la réalité que je veux... Cette réalité-là.
Envie de partir. Envie de vivre d'art...
"I don't really want to be like them, the way they behave, the way that they live."
Assez des gens banals autour de moi. Bien sûr il y en a que j'aime énormément. Mais j'espère qu'ils comprendront qu'il faut que je parte, que j'ai toujours su que je partirai. Je ne les oublierai jamais, et les verrai toujours le plus possible. Mais j'ai besoin de connaître d'autres gens, des gens avec ce même amour de l'art, pas forcément comme moi, mais qui partage ce même amour de l'art. Connaître des gens différents, variés, et qu'ils aient tous quelque chose à m'apprendre.
Envie d'apprendre parfaitement le piano, de jouer des morceaux beaux à en crever, me tuer les doigts sur leurs notes. Envie d'apprendre le violoncelle, envie qui me tracasse depuis un an et demi. Envie de gens pour m'apprendre tout ce que je ne sais pas, qu'on se rende compte combien je veux apprendre, malgré ma passivité, malgré mon silence.
Envie d'apprendre la danse, d'expérimenter la danse, de me jeter à corps perdu. Et écouter Apocalyptica, et m'imaginer danser dans le brouillard. Danser, laisser mon corps s'exprimer, sans mots, sans la douleur que m'apporte le fait d'essayer de formuler des mots. Oublier le monde autour de moi, partir de mon c½ur, et le faire parler avec la musique, et propager mon énergie tout autour. Danser, danser encore.
Et le monde peut bien se déchirer que je me battrai pour le bonheur à mon échelle. Pour cette phrase dans Nous les Héros de Jean-Luc Lagarce :
"La Mère : En jouant la comédie, je crois cela - je ne veux pas que vous partiez - en jouant la comédie, vous ne le savez pas, mais vous ferez la Guerre aussi et plus sûrement, avec plus de force que vous ne pouvez l'imaginer."
Besoin de... relations artistiques ?! Envie de quelqu'un pour m'aider sortir ces... immenses vagues de sons, de gestes et d'images... que je n'arrive pas à me formuler à moi-même. Qu'on m'aide à créer.
C'est insupportable et je suis bien obligée de le supporter, je parle toute seule. Je parle toute seule, je parle dans le vide, c'est la même chose. Solitude. Assez de cette solitude artistique, besoin de quelqu'un pour vibrer au son des mêmes notes que moi. Pour m'aider à sortir ce qu'il y a dans mon coeur. Silence, c'est silencieux depuis tellement de temps. J'ai peur de parler, je ne sais plus dire ce qui me tient à coeur. J'ai peur que ma voix sorte, j'ai peur de chanter. Et pourtant cela me tient tellement à coeur... Envie qu'on me prenne la main, qu'on me montre, envie de quelque part où je serai en sécurité, où je pourrais réapprendre à parler, à m'affirmer...
Envie - c'est presque égoïste et vaniteux - d'être une petite diva, mais pure... Un peu comme Reira dans Nana. Être chouchoutée par tous les membres du groupe que je n'ai pas encore. Qu'on prenne soin de moi... Je voudrais qu'on croie en ma voix... Je suis encore une petite fille, et je cherche désespérément un environnement où grandir, quelqu'un pour m'apprendre les relations entre les notes, et la façon dont elles vivent, s'aiment. ["Je mets ensemble les notes qui s'aiment." Mozart] Besoin qu'on me guide, qu'on m'aide à chanter, je vois bien que je n'y arrive pas seule.
Cette vie d'art, c'est cela que je veux pour ma réalité...
Et dans cette réalité, dans les coulisses de mes rêves de scènes, revenir dans Ses bras. Quitter le temps dramatique, et être comme en dehors du temps, pour ne pas Le quitter...
Partir d'ici, pour Le retrouver, toujours pas totalement, mais plus. Plus de trop grande torture, de trop grande distance, de trop grand manque. Vivre ce que ces amoureux trouvent banal, mais qui pour moi reste encore un trésor. Pouvoir Le retrouver. Vivre d'amour avec Lui... Vivre avec Lui des choses tellement belles qu'on n'ose qu'en rêver...
Essayer de ne pas se plaindre, de faire comme si je supportais bien cette situation. Il me manque, c'est pourtant vrai. J'ai choisi, j'ai fait ce choix, je ne regrette rien. Je suis vivante, donc je Le reverrai. Solitude. Rêves. Bientôt ce sera réel à nouveau. Être réellement avec Lui, pas croyable, mais réel, magnifique... Je Lui ai laissé un bout de mon c½ur, je sais qu'Il en prend soin.
Bientôt je reviendrai. It's a Promise, comme cette promesse sans mots, dans La Leçon de Piano... *
[...] ("Des mots pour toi, mais que je ne dis pas".)
Selenn
Photo : de La Leçon de Piano, de Jane Campion



