Pourquoi est-ce que je parle ?
Dites-moi d'arrêter de parler.
Dites-moi juste que vous êtes là.
Vous êtes passé. Éphémère.
Êtes-vous là ? S'il vous plaît.
C'est peut-être mieux de parler que de vous voir vous satisfaire de mon silence.
Dites-moi d'arrêter de parler.
De tout arrêter.
Moi il faut me tuer. Je suis si fatiguée ! Si je pouvais me reposer... me reposer !
La Mouette, Tchekhov
Je m'éveillerais et ce lac se serait asséché soudain, ou bien il aurait disparu sous la terre.
La Mouette, Tchekhov
Je devrais être en train de réviser. Si tu pouvais sortir de ma tête, juste un instant.
Allez, révisons ensemble ! Sur le MégaBac de Sassou j'apprenais hier :
"Roméo est au début de la pièce un personnage solitaire et mélancolique, fuyant parents et amis pour se lamenter de la dureté de celle qu'il aime : Rosaline. Sa rencontre avec Juliette va éclairer sa vie. Il s'épanouit de cet amour enfin réciproque."
"C'est étrange,
je voulais être heureuse et l'être avec toi."
Juste la Fin du Monde, Lagarce
"Moi je me débats encore dans un chaos de rêves et d'images,
ne sachant à quoi ni à qui cela peut servir."
La Mouette, Tchekhov
Et ensuite, dans mon rêve encore,
toutes les pièces de la maison étaient loin les unes des autres,
et jamais je ne pouvais les atteindre,
il fallait marcher pendant des heures et je ne reconnaissais rien.
Et pour ne pas avoir peur lorsque je marche dans la nuit, je suis enfant,
et il faut maintenant que je revienne très vite,
je me répète cela,
ou bien plutôt je me le chantonne pour entendre juste le son de ma voix,
et plus rien que cela,
je me chantonne que désormais,
la pire des choses,
"je le sais bien,
la pire des choses,
serait que je sois amoureux,
la pire des choses"
Juste la Fin du Monde, Lagarce
Il fait noir dans le jardin. Il faudrait dire qu'on démolisse ce théâtre dans le jardin. Il est là, nu, hideux, comme un squelette, et le vent fait claquer le rideau.
Hier soir, en passant, j'ai cru entendre quelqu'un qui pleurait dedans.
La Mouette, Tchekhov
On vint me tapoter à l'épaule en me disant avec un gentil sourire triste de gamin égaré :
"À quoi bon ?"
Ce "à quoi bon"
Rabatteur de la Mort
- elle m'avait enfin retrouvé sans m'avoir cherché -
[...]
La Mort prochaine et moi,
nous faisons nos adieux,
nous nous promenons,
nous marchons la nuit dans les rues désertes légèrement embrumées et nous nous plaisons beaucoup.
Juste la Fin du Monde, Lagarce
Je me suis éveillé, calmement, paisible,
avec cette pensée étrange et claire
Je ne sais pas si je pourrais bien la dire
avec cette pensée étrange et claire
que mes parents, que mes parents,
et les gens encore, tous les autres, dans ma vie,
les gens les plus proches de moi,
que mes parents et tous ceux que j'approche ou qui
s'approchèrent de moi,
que tout le monde après s'être fait une certaine idée de moi,
un jour ou l'autre ne m'aime plus, ne m'aimât plus
et qu'on ne m'aime plus
(ce que je veux dire)
"au bout du compte"
comme par découragement, comme par lassitude de moi,
qu'on m'abandonnât toujours
c'était cette impression, je ne trouve pas les mots,
qu'on m'abandonna toujours,
peu à peu,
à moi-même, à ma solitude au milieu des autres,
parce qu'on ne saurait m'atteindre,
me toucher,
et qu'il faut renoncer,
et on renonce à moi, ils renoncèrent à moi,
tous,
d'une certaine manière
Je me réveillai avec l'idée étrange et désespérée et indestructible encore
qu'on m'aimait déjà vivant comme on voudrait m'aimer mort
sans pouvoir et savoir rien me dire.
Juste la Fin du Monde, Lagarce
Ce que je pense
(et c'est cela que je voulais dire)
c'est que je devrais pousser un grand et beau cri,
hurler une bonne fois,
mais je ne le fais pas,
je ne l'ai pas fait.
Je me remets en route avec seul le bruit de mes pas sur le gravier.
Ce sont des oublis comme celui-là que je regretterai.
Juste la Fin du Monde, Lagarce
Voilà, mon cri, c'est bien peu de chose, presque silencieux, mais c'est cela que j'ai en tête, ou plus encore, mais tant pis, je ne peux pas le dire, c'est comme ça, donc nous y revoilà, voici "Sie Erfasst Mein Herz" de Elis. *
C'était bien, avant, Kostia ! Vous vous rappelez ?
La Mouette, Tchekhov
"Farewell he said."
"Nightfall", Blind Guardian
Qui sait ? Peut-être qu'un jour... ?
J'ai vraiment tout raté.
Échoué...
Rien à faire, rien...
Regrets...
Remords...
J'ai encore rêvé que tu ... Quand est-ce que cela s'arrêtera ? Je veux dire, l'enfer. Pas ce rêve. Je passerais ma vie à faire ce rêve. Je voudrais m'endormir pour une vie, juste pour rêver de cela sans cesse... Est-ce que ce peut être la réalité à nouveau ? Que ce rêve-là devienne réalité, s'il vous plaît...
Si un jour tu as besoin de ma vie, viens et prends-la.
La Mouette, Tchekhov
À toi aussi, je te le promets...
Finalement, je n'ai rien dit. C'est fou ce qu'ils écrivent bien... J'aurais pu citer d'autres mots, mais trop explicites. L'important, c'est de ne jamais dire clairement ce que je ressens. On s'en fout.
......................................................"À [Selenn], origine inconnue, qui vit sans savoir pourquoi sur cette terre."
La Mouette, Tchekhov
Photo : "291" de Lenagnl